YogaHatha yoga et raja yoga : une fausse dualité

Hatha yoga et raja yoga : une fausse dualité

Vous déroulez votre tapis, vous enchaînez les postures, vous ressentez ce mieux-être si particulier en fin de séance… et pourtant, quelque chose vous dit que le yoga ne s’arrête pas là ?

Les postures que nous pratiquons ensemble ne sont pas une fin en soi : elles sont la porte d’entrée d’un chemin bien plus vaste. Le hatha yoga est aussi le raja yoga, la voie royale de Patanjali. Il permet d’intégrer la totalité de notre Être et de rétablir l’équilibre entre le corps, l’esprit et le Souffle de Vie. Il inclut le Karma yoga (action désintéressée), jnana yoga( le yoga de la connaissance de Soi) et Bakti yoga (yoga de l’ abandon et dévouement à plus grand que Soi). L’un sans l’autre, la pratique reste incomplète: de la gymnastique.

Je vous propose dans cet article de comprendre ce lien, souvent méconnu, entre ces deux dimensions du yoga — et de voir concrètement ce qu’il change dans votre pratique du quotidien.

Le yoga, un arbre à plusieurs branches

La tradition indienne distingue plusieurs voies pour atteindre un même but : l’union, l’apaisement du mental, la connaissance de soi.

Le hatha yoga, celui que nous pratiquons sur le tapis, n’est pas une cinquième voie parallèle. Il est traditionnellement considéré comme une pratique qui s’affine et prépare le sujet à intégrer par l’expérience et la compréhension profonde : le moyen de rendre le corps et le souffle suffisamment stables pour que l’esprit puisse enfin se poser.

A cet instant, le hatha yoga se révèle être le raja yoga.

Le raja yoga : la voie royale de Patanjali

Le raja yoga, littéralement « yoga royal » est codifié dans les Yoga Sutras de Patanjali, texte fondateur rédigé il y a près de deux mille ans.

Dès le deuxième aphorisme, tout est dit : le yoga est l’arrêt des fluctuations du mental. Non pas l’absence de pensées, mais la fin de leur agitation incessante, de ce bavardage qui nous entraîne du regret d’hier à l’inquiétude de demain.

Patanjali décrit huit membres (ashtanga), qui ne sont pas des étapes à franchir l’une après l’autre, mais des dimensions à cultiver ensemble :

  1. Yama — la relation aux autres : non-violence, vérité, non-convoitise, modération, non-possessivité.
  2. Niyama — la relation à soi : propreté, contentement, discipline, étude de soi, abandon.
  3. Asana — la posture, stable et confortable.
  4. Pranayama — la maîtrise du souffle et de l’énergie vitale.
  5. Pratyahara — le retrait des sens, ce moment où le monde extérieur cesse de nous solliciter.
  6. Dharana — la concentration sur un point unique.
  7. Dhyana — la méditation, quand la concentration devient fluide et continue.
  8. Samadhi — l’état d’unité, où l’observateur et l’observé ne font plus qu’un

Vous remarquerez que la posture n’arrive qu’en troisième position, et qu’elle occupe une place minuscule dans le texte. Ce que Patanjali demande à asana, c’est simplement d’être stable et confortable, juste assez pour que le corps s’efface et cesse de réclamer notre attention.

Conseil pratique : relisez la liste des yamas et des niyamas, et choisissez-en un seul à observer pendant une semaine. Non pas à « appliquer » avec sévérité, mais à observer chez vous, avec curiosité et sans jugement. Des portes intérieures à ouvrir pour que le raja yoga entre dans votre quotidien.

Le hatha yoga : permet d habiter pleinement son corps

Ha et tha : le soleil et la lune, l’inspiration et l’expiration, l’énergie qui monte et celle qui descend. Le hatha yoga est l’art d’équilibrer ces deux courants pour trouver leur complémentarité et leur unité.

Les textes traditionnels, comme la Hatha Yoga Pradipika, sont très clairs sur ce point : le hatha yoga est présenté comme un escalier, une préparation pour celui qui aspire aux sommets du raja yoga. Les postures, les techniques de souffle, les purifications n’ont pas d’autre finalité que de rendre le corps assez sain, assez souple d’esprit et assez silencieux pour permettre l’assise méditative.

Car c’est là toute la difficulté : demandez à quelqu’un de s’asseoir immobile trente minutes sans préparation, et le corps se manifestera aussitôt. Le dos tire, le genou proteste, la respiration reste haute et courte, le mental s’agrippe à chaque inconfort. Impossible, dans ces conditions, de se placer en témoin de ses pensées.

Le hatha yoga répond patiemment à ce problème :

  • Les asanas dénouent les tensions, renforcent le dos, ouvrent la cage thoracique et les hanches, et donnent au corps la stabilité nécessaire à l’immobilité.
  • Le pranayama ralentit et régularise le souffle, apaise le système nerveux et prépare directement à la concentration.
  • La relaxation shavasana, yoga nidra apprend au corps ce que signifie réellement lâcher prise.

Bienfaits : un corps détendu et un souffle régulier ne sont pas de simples conforts. Ce sont les conditions matérielles de la vie intérieure à l’écoute d’un état méditatif qui peut de nouveau prendre place..

Raja yoga et hatha yoga : les deux ailes d'une même pratique

le hatha yoga un préparation au Raja yoga

Le hatha yoga sans compréhension et union au raja yoga devient une gymnastique. Une bonne gymnastique, souple et respectueuse du corps, qui fait du bien, mais qui reste à la surface. On progresse dans les postures, on gagne en souplesse, et le mental, lui, continue de tourner exactement comme avant. On peut même y ajouter de la performance, de la comparaison, de la frustration : tout ce que le yoga cherche précisément à apaiser.

C’est pourquoi, dans notre pratique, je tiens à ce que chaque séance contienne les deux : le travail du corps et du souffle, mais aussi un temps de silence, d’observation, d’intention.

Un mot sur rajas, à ne pas confondre

Une confusion revient souvent, et elle mérite d’être éclaircie car elle est instructive.

Raja signifie « roi » : le raja yoga est la voie royale.

Rajas, en revanche, désigne tout autre chose. C’est l’un des trois gunas, les trois qualités fondamentales qui traversent toute chose et tout état d’esprit :

  • Tamas : l’inertie, la lourdeur, la torpeur, la procrastination.
  • Rajas : l’agitation, le mouvement, la passion, l’activité fébrile.
  • Sattva : la clarté, l’équilibre, la lumière, la paix lucide.

Nous connaissons tous ces trois états. Le matin où l’on n’arrive pas à sortir du lit : tamas. La journée où l’on court sans jamais s’arrêter, l’esprit déjà à la tâche suivante : rajas. Et ce moment rare, en fin de séance, où tout est calme et l’esprit est clair : sattva.

La pratique du yoga consiste précisément à sortir de tamas par un peu de rajas, le mouvement, l’effort juste, avec une attention juste : satva, la clarté, l’apaisement, le souffle . C’est exactement ce que fait une séance bien construite : elle vous met en mouvement, puis elle vous apaise.

Conseil pratique : avant de dérouler votre tapis, demandez-vous simplement dans quel état vous arrivez. Lourd ? Agité ? La réponse vous indiquera de quoi vous avez besoin ce jour-là, d’une pratique dynamisante ou d’une pratique apaisante.

Comment cela se traduit sur le tapis ?

Voici quelques gestes simples pour relier concrètement les deux dimensions, dès votre prochaine séance :

  • Commencez par une intention. Quelques secondes suffisent. Ce n’est pas un objectif de performance, mais une direction, comme le sankalpa du yoga nidra.
  • Ralentissez. Réalisez une posture, se posez-vous à l’écoute de ce milieu intérieur, à l’écoute suspendu un instant entre 2 respiration dans le souffle, où tout s’immobolise s’apaise. Cette pratique vous enseigne davantage qu’un enchaînement rapide de dix postures.
  • Restez témoin. Observez ce qui se passe dans le corps, mais aussi ce que le mental en dit. L’impatience, la comparaison, le jugement : ce sont eux, le véritable terrain de travail.
  • Ne coupez pas la fin de séance. Shavasana et le temps de silence ne sont pas un bonus facultatif. C’est là où le voyage intérieur s’approfondit .
  • Prolongez hors du tapis. Le yoga ne s’arrête pas quand vous roulez votre tapis. Une parole retenue, un repas pris en conscience, une respiration avant de répondre : ce sont aussi des postures.

Et si vous passiez à la pratique ?

Le yoga traditionnel que je propose au centre s’inscrit dans cette continuité : un travail sérieux du corps et du souffle, au service d’un apaisement plus profond.

Chaque séance est construite comme un chemin, préparation, postures, souffle, relaxation, silence, pour que vous repartiez non seulement délié physiquement, mais aussi plus clair intérieurement.

Que vous soyez débutant ou pratiquant confirmé, il n’est jamais nécessaire d’être souple, sportif ou expérimenté pour commencer. Il suffit d’accepter de prendre le temps.

Je serais heureuse de vous accueillir, au centre ou en visioconférence, pour découvrir cette pratique dans un cadre bienveillant et adapté à chacun.

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